Trop beau n'a jamais manqué
Rien n'est trop
beau pour construire ces bateaux : le parc à bois
fait la fierté des charpentiers; on y trouve en
quantité les plus beaux acajous que Pierre Pichavant
fait venir du Havre grâce à M. Edouard, compagnon
de la résistance et acheteur au chantier de Saint-Nazaire.
Chaque fois que cela est possible, celui-ci choisit de
très belles grumes et les fait charger sur wagon
à destination de Pont-l'Abbé ou elles seront
débitées.
Contrairement aux acajous qui doivent être stockés
à l'avance pour sécher, l'acacia est acheté
vert, sur pied, sur les bords de l'Odet. Là, on
trouve aussi les pins maritimes qui servent à border
les canots traditionnels, un bois magnifique presque imputrescible
que les charpentiers appellent non sans malice "l'acajou
de l'Odet". Mais parfois il faut trouver mieux encore,
comme pour la construction de Stiren, un des plus beaux
bateaux construits à Pont- l'Abbé sur plans
Sparkman et Stephens; après avoir tracé
le bateau en vraie grandeur, Noël Le Berre débite
les gabarits et part en voiture avec Pierre Pichavant
jusqu'au Havre pour choisir chez Charles, le grand importateur
de bois, les plateaux de teck destinés aux pièces
maîtresses.
On utilise aussi les meilleures
visseries en cuivre ou en bronze, qui, comme l'accastillagc,
viennent d'Angleterre. Pour la construction de tels bateaux,
l'exigence de qualité est évidente pour
chacun et le rapport de confiance qui s'instaure dans
Ia trilogie architecte-chantier-client contribue largement
au plaisir et à la richesse du métier. Noêl
Le Berre se souvient qu'avant le moulage du lest de Stiren,
il en avait dessiné sur calque une épure
en grandeur nature qu'iI avait envoyée chez Sparkman.
Par retour du courrier, la réponse arrivait : "Félicitations
pour le travail d'épure - Attendre légères
modifications de rapport de lest." Ainsi parvenait-on
à une certaine perfection.
Pour mener à bien la construction
de tous ces bateaux, le chantier s'est considérablement
développé. Plus de quarante compagnons travaillent
dans les diffé‚rents corps de métiers.
Les charpentiers qui sont les princes de la construction
navale, puis des menuisiers-ébénistes qui
réalisent avec goût les aménagements,
les mats et les espars. Il y a aussi un gréeur
- toutes les épissures sont faites à la
main - deux forgerons pour toutes les ferrures, les bandes
molles, les balcons, un mécanicien, des peintres,
et trois jeunes filles à l'atelier de voilerie.
Cette capacité de mener à bien la construction
"de la quille à la pomme du mat" était
un des atouts majeurs du chantier bigouden.
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Bois
moulé contre polyester
L'histoire du chantier
Pichavant épouse celle du yachting. Dans les années
soixante-dix, les coques en polyester envahissent le marché
de la plaisance. Non seulement elles font une dure concurrence
aux bateaux de construction classique, mais pire, elles
véhiculent une idée négative du bois.
Soudainement les bateaux les plus performants, les mieux
dessinés, d'une qualité de contruction irréprochable,
deviennent désuets, obsolètes, impossibles...
Le bateau bois est un enfer où l'on ne survit qu'un
pinceau à la main, la pompe de l'autre !
En 1974, c'est le passage à vide. Aujourd'hui encore
on se demande comment le chantier a pu survivre. Un peu
de réparation, la construction de petits canots,
une misère ! Et pourtant pas un seul moment on
ne songe à renoncer au bois.
Jacques Pichavant, le neveu de Pierre, a même la
certitude que ce matériau peut avoir un avenir
s'il est utilisé de façon moderne : le bois
moulé, grâce à la qualité des
colles de plus en plus fiables, devient extrêmement
crédible. Comme son oncle, Jacques Pichavant est
aussi un régatier, et court le plus souvent possible
en Anglererre avec Illingworth. Ce sont les bateaux de
course qui l'intéressent, les prototypes qui justement
s'avèrent plus performants, et plus aisés
à mettre en oeuvre en bois moulé qu'en polyester.
En 1976, Jacques entre au chantier
comme directeur. Avec Pierre Pichavant et Noël Le
Berre, ils élaborent une restauration du chantier
et une div'ersification de la production. Comme aux premieres
heures, on mise sur les succès en régate
et en course pour asseoir la réputarion du chantier.
L'idée est bonne, et la machine repart suffisamment
pour donner du travail à vingt compagnons.
Resolute Salmon, un plan Britton Chance, remporte la "One
ton cup", mais une fois de plus la chance vient d'un
cIient, Gérard Dupuy, qui casse son bateau en Suède.
Il commande alors au chantier Passatore dessiné
par Jean-Marie Finot. Le bateau est bien construit, trop
bien et trop solide pour remporter quoi que ce soit en
course. Mais Gérard Dupuy a apprécié
le chanrier Pichavant et lui commande deux nouveaux bateaux
dessinés par Ron Holland, Gradlon qui remporte
en 1977 la course de l'Aurore skippé par Gilles
Gahinet, et Golden Shotock, un half-tonner vainqueur de
la Semaine de La Rochelle la même année.
Le travail n'empêche pas de se faire plaisir et
Jacques Pichavant participe à toutes les saisons
de courses avec Gérard Dupuy de 1976 à 1982.
Pendant cette période, le chantier lance de nombreux
prototypes comme Bigouden Express, toujours sur plan Ron
Holland, ou Ar Bigouden, dessiné par Joubert-'Nivelt,
qui remporte. en 1980 le championnat du monde de la "Half
ton cup" en Suède.
En 1983, c'est Chantier Pichavant sur plan Jouben-Nivelt,
skippé par Sylvain Rosier, qui remporte la course
du Figaro. Cette même année, le chantier
lance la construction en petite série d'une douzaine
de quarter et half-tonners; mais en 1982, la jauge I.O.R.
trop complexe qui rend les bateaux invendables d'une année
sur l'autre, condamne ces prototypes construits pour durer.
Les coureurs se tournent vers les bateaux moins couteux
en sandwich-polyester.
Le coup est dur. Il faut chercher ailleurs. Deux grandes
vedettes en bois moulé pour les Phares et balises,
Blod Wen et Mickaël, permettent de donner du travail
aux compagnons en 1982 et 1983. On construit aussi pour
une école de voile une peritc série de dériveurs
d'initiation en bois moulé (petites lattes et contre-plaqué).
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Stiren
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| Stiren
a été lancé au printemps 1963
pour participer à la saison du Rorc et surtout
à l'Admiral's cup de 1965 aux côtés
de Varna II et Pen Duick II. |
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Il
est parfois ds bateaux d'exception, tellement beaux
et parfaits qu'avant de faire le bonheur de leur propriétaire,
ils font celui du constructeur et sa fierté
pendant de longues années. Stiren devait être
de ceux-là et aucune peine ne fut épargnée,
aucun détail négligé pour en
faire un joyau. |
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