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En fin de saison, de nombreux bateaux construits au chantier y reviennent pour l'hivernage, l'entretien courant et souvent quelques réparations ou restaurations. Ici trois bateaux typiques de la production du chantier tirent les derniers bords avant leur mise à terre : le Saint-Gaston, un des petits canots de 6,50 m à rouf tout juste restauré par son propriétaire, le Pélican ex-Rotondo, dernier langoustier de la série, et le Kanthaka, un magnifique 12,50 m Cornu.
La carte de la différence

Tout cela donne le temps de trouver un nouvel équilibre. Avec sa longue expérience et ses quinze compagnons compétents dans tous les corps de métiers (charpente classique, bois moulé, forge, gréement, mécanique), le chantier Pichavant va jouer les cartes de la diversification et de la différence. Sa devise est alors de faire tout ce que les chantiers polvester ne peuvent pas faire. " Le chantier assure évidemment l'entretien, les réparations, les peintures et les vernis de tous les bateaux en bois qui lui sont restés fidèles. Pour assumer cette tâche que l'on baptise globalement "hivernage-entretien", Jacques Pichavant investit en locaux de gardiennage et en matériel de manutention.
Une centaine de bateaux passent ainsi la mauvaise saison sous la surveillance du chantier. Les uns à l'abri, les autres en plein air ou à flot, suivant le désir de leur propriétaire. Tous ont été dématés et dégréés, une nécessité pour vérifier l'état des espars et du gréement. Il y a aussi le sacro-saint hivernage du moteur... la seule garantie pour un bon redémarrage au printemps. "S'occuper des bateaux en bois demande une expériencc qui n'existe pas partout, commente Jacques Pichavant; un bateau bien hiverné, régulièrement examiné et entretenu évitera bien des tracas plus tard et de grosses réparations toujours coûteuses.
Kanthaka, construit en 1961, a su garder l'état quasi parfait du neuvage, rien de bien surprenant pour une coque soigneusement construite... mais que dire de la grand voile et de l'artimon d'origine, taillés au chantier, et qui trente ans plus tard sont encore à poste sans défaillance !
On compte aussi, depuis le renouveau d'intérêt pour les bateaux en bois, de nouveaux armateurs pour commander d'importants travaux de restauration sur des yachts classiques. Aujourd'hui, comme aux plus beaux jours du chantier, on peut voit parfois plusieurs plans Cornu en travaux. Là encore, la grande force du chantier est de pouvoir mettre en oeuvre tous les corp de métiers pour intervenir à tous les niveaux. Bien souvent, les restaurations de ces yachts classiques passent par les savoir-faire traditionnels : refaire un pont, changer un bordé, brocheter, riveter, cela ne s'improvise pas et l'expérience accumulée s'avère précieuse.

Dans certains cas, les bateaux de construction classique vont aussi bénéficier des techniques modernes du bois moulé ou du lamellé-collé, opérations surtout nécessaires quand la charpente d'un bateau a subi un dommagce exceptionnel à la suite d'un abordage, d'un échouage ou de quelque fortune de mer ou qu'elle est particulièrement fatiguée.

L'exemple le plus courant est celui des bateaux classiques regréés avec des mâts métalliques. "Les propriétaires ont cru bien faire en allégeant les hauts du bateau, explique Jacques Pichavant, mais le résultat est immanquablement le même; ce n'est pas le poids du mât qui compte mais surtout les efforts qu'il transmet à la coque.
"Les mâts métalliques font travailler les bateaux en bois parce qu'ils doivent être ridés très raides; ainsi tout l'effort se transmet en compression sur la quille et à l'arrachement sur les cadènes et la coque. Les mâts en bois, même marconi, ne sont jamais haubanés aussi raides; ils gardent une certaine souplesse qui absorbe à la flexion une partie des efforts. Je me souviens de Vert Galant, un beau 6 m JI regréé avec un mât en aluminium, qui faisait plusieurs centaines de litres d'eau par jour, à tel point que son propriétaire le jugeait irrécupérable. L'avant du bateau a été entièrement repris jusqu'au pied de mât par une contre-étrave en bois lamellé faisant "poutre creuse". Le bateau a été sauvé et navigue toujours."
Pour les trois spécialistes bigoudens, la méthodé est simple et efficace : il faut regréer cés bateaux avec un mât en bois et renforcer la structure de charpente par des contre-pièces en bois lamellé; une opération relativement complexe qui redonne une nouvelle jeunesse à des bateaux fatigués structurellement, mais dont les bois sont encore très sains.


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