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Les bonnes occasions

Restaurer un bateau ancien est toujours une aventure plus ou moins inquiétante. Les travaux de réparation, puis de finition s'ajoutent les uns aux autres et l'on se demande parfois quand finira la liste des interventions. Du coup le doute s'installe : un bateau ancien est-il généralement une bonne affaire ?
Jacques Pichavant comme Noël Le Berre estiment que le jeu en vaut souvent la chandelle : "Les bateaux classiques ont une grande valeur financière qui justifie largement, au-delà de l'approche sentimentale, des restaurations importantes. Il faut bien sur prévoir une expertise détaillée poutr bien estimer la valeur d'achat du bateau en fonction de son état réel et des travaux qui seront à réaliser. Mais après, d'un point de vue technique, presque toutes les réparations sont possibles : l'usage des colles modernes ajouté aux techniques traditionnelles permet des prodiges et le bateau restauré sera aussi solide qu'un neuf. N'oublions pas que les bateaux classiques étaient construits pour durer cinquante ans, parfois bien plus !
"On bénéficie souvent aussi de tout un matériel d'armement, d'un moteur, de voiles et, plus précieux encore pour l'amateur, d'un bel accastillage ancien pratiquement introuvable aujourd'hui. A mon avis on peut inciter les connaisseurs à acheter des bateaux anciens car les bonnes occasions sont majorité avec, à l'arrivée, un bateau qui coûtera le tiers ou la moitié d'une construction neuve."

Margilic

Construit en 1949 par Costantini pour son usage personnel, Margilic fut découvert sur un quai de Lorient par Philippe Le Houillier. Coup de coeur et expertise lui firent sauter le pas. Hélas, aux premiers essais et plus encore les jours suivants, il fit tant d'eau qu'il faillit couler corps et biens avant d'être ramené à bon port. Le chantier Pichavant fut chargé d'y regarder de plus près. Un démontage complet des aménagements et des vaigrages permit de découvrir le pot aux roses : quelques deux cents membrures brisées, à peine rafistolées, après une fortune dans le raz de Sein.

La passion n'a pas de limite et, après un procès gagné, Margilic est mis en chantier. Aujourd'hui, les travaux sont pratiquement achevés et la charpente, entièrement remplacée ou doublée par des pièces maîtresses et des membrures en lamellé, n'a sans doute jamais été aussi résistante !
Ces techniques modernes qui sont un des savoir-faire du chantier permettent, dans les cas extrêmes, de véritables miracles et un renforcement toujours important de la structure des bateaux classiques.
La restauration de Margilic, deux cents membrures à changer !

Naïma

Au terme d'un long voyage par les Antilles, Cuba et les Açores, Naïma est venu faire escale sur le quai de Pont-l'Abbé. Quatre ans de croisière et deux traversées de l'Atlantique ont donné à ce 24 pieds Cornu maintes occasions d'éprouver ses qualités marines et sa solidité de construction. Gérard Tossello et Laétitia Texier ne cachent pas leur admiration pour ce bateau dessiné par Eugène Cornu et construit en 1965 au chantier Pichavant. Il s'est admirablement sorti de situations difficiles, y compris un mauvais force neuf étalé grâce à cette époque à cette coque bien lestée et très fortement varanguée. De fait, à leur retour, Noël Le Berre est venu ausculter Naïma : rien d'autre à faire qu'un resserrage des boulons de quille, pour le principe, et un bon carénage !

Avel Mad

Avel Mad, un sloop Cornu 8,60 m construit en 1961 par les chantiers du Port à Rezé, a souffert comme beaucoup d'autres de l'ouragan d'octobre 1987 : tableau arrière brisé, liston arraché et pont soulevé. Il a été récupéré in extremis à moitié coulé. Ainsi est-il resté sur le quai de Pont-l'Abbé, deux hivers durant, ni perdu, ni sauvé. A sa triste mine, on pouvait raisonnablement douter de son avenir. Pourtant, malgré la longue des travaux à faire pour le remettre en état, il y avait aussi bien des choses positives à sauver : une coque construite dans un bel acajou "Grand Bassam", de jolis aménagements, un gréement et une voilure, avec son mât en pin d'orégon, un moteur qui voudrait peut-être bien redémarrer.

Décision prise, le chantier Pichavant a mené les travaux de restauration de la coque sans lésiner sur la tâche; l'arière du bateau a été refait de neuf : tableau, étambot, membrures ployées, bordés et barrotages, serre-bauquières. Galbots et ribords ont également été changés des deux côtés, ce qui a permis de redonner une nouvelle jeunesse à la rablure. Enfin, la préceinte tribord a également été changée.

Sur cette lancée, le nouveau propriétaire a entrepris de changer le contre-plaqué du pont puis de l'habille de lattes en teck, de refaire un rouf et un cockpit neufs ! Mais ne nous y trompons pas, malgré l'ampleur des travaux, on est loin d'avoir tout à refaire, et plus loin encore des 3 600 heures de travail nécessaires à la construction d'une unité de cette taille. C'est d'ailleurs la valeur de cet acquis de matériaux et de main-d'oeuvre transposés aux tarifs actuels qui donne une équation souvent favorable à des restaurations même importantes.



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